Interview de Lucie Roussel, infirmière et consultante en lactation certifié(e) IBCLC et titulaire d’un diplôme universitaire en allaitement maternel au sein de notre réseau de micro-crèches Ô P’tit Môme.
Lucie Roussel : Les crèches devraient systématiquement ouvrir leurs portes pour que les mamans qui le peuvent et le souhaitent puissent venir allaiter leur bébé au sein de la crèche. Lorsque ce n’est pas possible, en effet le recours au biberon est la solution la plus connue, à savoir qu’il y en a d’autres. La tasse à bec (dans lequel on met souvent de l’eau), la tasse à paille, la soft cup (qui reste plus difficile d’utilisation ; l’adulte doit pomper sur une partie molle du contenant pour mettre à disposition du lait au bébé qui vient laper le lait comme dans une cuillère), ou tout simplement un verre…
Lucie Roussel : Pour les recommandations qui me semblent importantes : le biberon devrait être tenu à l’horizontale selon la technique du Paced Bottle Feeding (je vous encourage à aller voir si vous ne connaissez pas). On retrouve cette technique dans le domaine de l’allaitement mais selon moi ce n’est pas suffisant car tous les enfants ont le droit de boire à leur rythme selon leur appétit… c’est une alimentation physiologique indépendamment du liquide contenu dans le biberon (PPN : Préparation Pour Nourrisson ou lait maternel) Il y a quelques éléments importants : le débit mesuré, ni trop difficile, ni trop facile et surtout l’horizontalité pour que l’enfant fasse des pauses, s’arrête lorsqu’il le décide, suive sa satiété.
Lucie Roussel : Je vais également préconiser des essais avant l’arrivée en crèche, certains bébés prennent facilement le biberon, pour d’autres c’est un apprentissage qui peut prendre du temps, donc s’assurer qu’il y arrive en amont de l’arrivée en crèche me paraît primordiale afin d’être serein. Attention, ça ne veut surtout pas dire d’arrêter l’allaitement plus tôt ou de ne donner que des biberons si ce n’est pas le choix des parents.
Lucie Roussel : Concernant les quantités et les fréquences, c’est à adapter, les recommandations internationales préconisent 30ml de lait maternel par heure d’accueil, Il faut bien sûr s’adapter à la lactation de la maman, elles ne fournissent pas toutes la même quantité de lait et les bébés ne prennent pas les mêmes quantités à chaque fois. Je préconise de faire des essais sur des quantités inférieures à 100ml par biberon et de s’adapter ensuite à chaque enfant et à chaque jour, voire à chaque moment de la journée, car les bébés allaités ont la possibilité de ne pas forcément boire la même quantité à chaque alimentation.
Il y a également un apprentissage pour les parents sur les recommandations de tirage et de transport à fournir avec beaucoup de réassurance et de confiance dans les capacités de la maman et du bébé à s’adapter. L’important pour continuer l’allaitement c’est de pouvoir fournir les quantités de lait nécessaire à la croissance de votre bébé. Personne ne peut vous dire combien exactement en termes de quantité, durée, fréquence des tirages. C’est à vous de trouver en fonction de vos possibilités de travail, de conservation du lait et de votre lactation. Une fois 30 min, 2 fois 30 min, 5 fois 10 min, 2 fois 15 min… Tout est possible ! L’expression du lait (souvent par un tire-lait) doit forcément être efficace et sans douleur, sinon c’est que le matériel n’est pas ou n’est plus adapté à la morphologie de la maman.
Concernant la conservation du lait selon AFSSA (l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) le lait maternel doit être mis dans un réfrigérateur (pas dans la porte) à moins de 4°C pour maximum 48h, celui-ci doit être nettoyé une fois par mois. Le lait peut rester 4h à température ambiante avant d’être réfrigéré. Il peut être conservé 4 mois au congélateur (pas dans un freezer), être décongelé au réfrigérateur et consommé dans les 24h après décongélation.
A garder en tête qu’il n’y a pas de raison qu’un allaitement prenne fin, si ce n’est pas le souhait de la famille. Si une baisse de lactation se fait ressentir, ce n’est pas la fin, il faut se rapprocher d’un professionnel formé à l’allaitement pour accompagner la maman.
Voici quelques sites intéressants : Vanilla milk, l’ACLP, les associations de soutien à l’allaitement tel que La Leche League ou L’Or Blanc ou d’autres associations locales.

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